Fondatrice de l’association Ghet Creative, la Bondynoise Teninke Camara veut profiter de son expérience dans le monde du jeu vidéo pour l’ouvrir à la jeune génération. Son objectif : dénicher les talents dans les quartiers et prouver aussi que les femmes ont toute leur place dans cette industrie.
En créant l’association Ghet Creative en 2025, la Bondynoise Teninke Camara a en quelque sorte refait son parcours à l’envers et voulu tendre la main à la nouvelle génération. Même si elle n’a finalement que 36 ans, mais déjà une expérience de plus de 10 ans dans l’univers de la création numérique et digitale : « Je viens du jeu vidéo, j’ai étudié et travaillé dans ce secteur, mais j’ai trop souvent vu des jeunes subir leur parcours plus qu’ils ne le choisissaient, surtout quand tu n’as pas de réseau, explique‑t‑elle. Ghet Creative, c’est une façon de les appuyer, de les soutenir pour devenir les créatifs de demain. »
Née à Bondy, Teninke Camara grandit en en Seine‑et‑Marne, dans une famille où la console de jeux vidéo est d’abord « monopolisée par les grands frères. Au début, c’était juste pour m’amuser, en rentrant de l’école, se souvient‑elle. J’observais beaucoup mes frères, puis j’ai commencé à jouer à des classiques comme Mario ou Zelda. »

Mais la vocation ne naît pas de ces héros bondissants. Le vrai choc arrive avec Shenmue, le jeu narratif de Yū Suzuki. « C’est ce titre qui m’a fait comprendre la puissance du jeu vidéo, se souvient‑elle. Tout à coup, je voyais un médium capable de transmettre des idées fortes, des émotions très marquées, comme une série ou un roman. Là, je me suis dit : que ce soit dans le jeu vidéo ou ailleurs, moi aussi, je veux travailler dans ce domaine des œuvres narratives. »
En même temps, certains jeux lui laissent un goût amer. « Dans des jeux de combat, plus tu tapais un personnage, plus il était dévêtu. Je trouvais ça dégradant, surtout pour les personnages féminins, beaucoup plus souvent pris à partie, poursuit‑t-elle. Et puis, quand on personnalisait un avatar, je ne pouvais pas avoir des cheveux crépus. Je sentais qu’il manquait quelque chose, même si j’aimais, malgré tout, les jeux qui m’ont accompagnée dans mon enfance et mon adolescence. »
Après le lycée, elle amorce donc son approche vers le jeu vidéo. Mais par la porte du son, intégrant l’ENJMIN, la grande école publique du jeu vidéo et du numérique à Angoulême, où elle décroche l’une des rares places en conception sonore. « À côté, je travaillais le week‑end pour financer mes études, chaque euro comptait, raconte‑t‑elle. Mais, je suis devenue complétement “dingo” du son ! Je n’étais pas à Angoulême en balade, je voulais vraiment gravir tracer ma voie dans ce domaine. »

Sur le papier, tout semble en place. Dans la réalité, les stages et les postes se dérobent. « Quand j’envoyais mon CV et mon portfolio, ma candidature plaisait. Mais dès qu’on me voyait, tout s’arrêtait, dit‑elle simplement. J’ai compris qu’il y avait un problème vis‑à‑vis de moi : une femme noire, ingénieure du son, ce n’était pas le profil attendu. »
Un jour, elle décide d’envoyer des mails de candidature en écrivant de manière neutre, en gommant tout indice de genre. « Là, on m’a proposé des entretiens, des postes… C’est seulement sur le tournage du jeu qu’ils découvraient que j’étais une femme noire, raconte‑t‑elle. Finalement, elle finit par décrocher, in extremis, un stage… en robotique. « Ce n’était pas un studio de jeu vidéo comme je l’aurais voulu, mais rétrospectivement, ça reste une de mes expériences les plus formatrices. »
Parallèlement, Teninke se forme en autodidacte au motion design et commence à construire sa propre voie. La rencontre avec d’autres femmes, confrontées aux mêmes obstacles, agit comme un miroir. « J’ai rencontré des femmes qui devaient travailler bien plus que leurs collègues masculins pour espérer être simplement considérées, explique‑t‑elle. Ça m’a rappelé ce que j’avais vécu. »